Rock and roll et médisances


Certes Goldoni signe avec «Les Cancans » une comédie de caractères irrésistible. Mais ne nous y trompons pas : nous sommes  loin d’un petit divertissement léger et gratuit. Comédie oui, mais aussi cruelle que débridée, aussi implacablement humaine que loufoque. Une fois encore la redoutable efficacité des situations, l’apparente légèreté de la comédie s’enracine dans la violence des forces auxquelles sont soumis les personnages, l’omniprésence des castes et la permanente précarité des êtres. Une fois encore le rire fuse, franc et  direct mais comme parfait exutoire à la cruauté des rapports humains. Une cruauté qui nous est si familière.

Cruel Goldoni ! C’est une toute jeune fille, une parfaite innocente qu’il place ici au cœur de sa machination comique. Soumise à des tornades successives de médisances, et sans avoir aucune prise sur sa propre destinée, Checchina sera brutalement et injustement exclue du club des gens « comme il faut », voyant ainsi toute son existence compromise, juste dans le temps qu’il faut pour le dire.

Il s’agit pour  nous d’être à la hauteur de ces enjeux, de les porter viscéralement, d’endosser avec conviction la tragédie individuelle qui est la source de la comédie. Ainsi, tout en goûtant au plaisir d’un véritable théâtre de troupe, nous nous attacherons avec les douze acteurs des « Cancans » à soutenir dans un même élan la puissance comique de la pièce et l’humanité vivace et douloureuse qui en constitue le socle. Des personnages hauts en couleurs bien sûr, mais toujours incarnés au plus juste, au plus près, au plus vrai. Pas de figures imposées, pas de mise à distance. C’est de la sincérité, de l’humanité, de « l’honnêteté »  des comédiens que naîtra la formidable comédie de situations. C’est notamment dans cet esprit que nous avons  souhaité confier les rôles de Checchina et Beppo à de très jeunes acteurs, évitant ainsi tout jugement de l’interprète (et donc du public) à l’endroit de la naïveté des personnages. C’est de l’empathie que naîtra une comédie profondément humaine, celle qui touche, celle qui réveille, celle qui provoque un rire qui fait plus que divertir, un rire vers le haut, un rire humaniste. Le seul qui vaille.

Parce qu’au personnage de Checchina s’est superposé dans notre imaginaire  le visage de Gulietta Massina dans « La Strada » ou « Les Nuits de Cabria », parce qu’au détour de la formidable galerie de personnages des « Cancans » nous reconnaissons nombre d’autres figures felliniennes, parce qu’enfin nous souhaitions éviter de nous enfermer dans une forme trop empreinte de « folklore XVIIIe », nous avons choisi de situer l’action dans la Venise des années 50, sa truculence et son apparente douceur de vivre. C’est donc au son de vieux rock and roll, faisant écho tant à l’énergie de la pièce qu’au vertige de l’héroïne face aux rapides volte-face de son destin, que nous plongerons au cœur de  l’ humanité cruelle et touchante qui constitue l’essence du  théâtre de Goldoni.

                       Stéphane Cottin

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En association avec  A Tire d’Aile Productions

Note de mise en scène
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